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jeudi 29 janvier 2015

Sauvetage d'un sarcophage


La restauration des antiquités égyptiennes continue au musée Déchelette, cette fois avec les sarcophages. En effet, les momies ont fait beaucoup parler d’elles, mais elles n’auraient certainement pas été conservées sans leur sarcophage qui a assuré leur protection pendant toutes ces années. Manipulés sans attention, infestés d’insectes, entreposés dans des caisses inadaptées, les sarcophages  se trouvaient désormais dans un état critique. Ce qui explique aujourd’hui une longue entreprise pour les conserver.


Le couvercle de sarcophage de la dame de Tâ-â était sans doute le plus abîmé de tous. Cette pièce appartient à la Ville d’Aix-les-Bains, qui en 1991 l’a déposé au musée de Roanne. Le parcours de cette pièce échappe rapidement à toute enquête. En tous les cas, la cuve et la momie qu’il contenait n’existent plus aujourd’hui. Elles ont probablement été détruites.


Ce sarcophage avait été infesté par les insectes, d’où les innombrables petits trous, dits trous d’envol, qui se rencontrent sur toute la surface. Lors de ses manipulations successives et déplacements, des parties du décor se sont détachées, laissant le bois nu. Le sarcophage a sans doute été exposé longtemps debout, ce qui expliquerait l’état désastreux du pied : là, toute la préparation est partie, laissant complètement le bois à nu, et lui-même très dégradé. Sans doute était-il régulièrement « arrosé » pendant le ménage. La peinture se décolle et tombe en écaille. C’est un problème car cela gêne la lecture des hiéroglyphes du sarcophage, et en même temps, nuit à la beauté du décor.


Vue du couvercle avant le début des opérations de restauration


A ce rythme, il n’aurait pas résisté encore pendant très longtemps. Dommage pour un objet d’environ 3000 ans.


Les restauratrices ont donc commencé par coller des tampons de papier de soie, pour retenir la peinture partout où elle risquait de se décoller. Impossible, sans cela, de le déplacer jusqu’à Grenoble, où il devait être traité en même temps que les momies.


Les tampons de papier de soie, servant à maintenir la polychromie sur le bois en attendant le refixage



Puis, de retour, à commencer la longue phase de consolidation. La restauratrice chargée de cet objet a patiemment resolidarisé la peinture avec le support, grâce à des produits de conservation, neutres et réversibles. Des heures au pinceau fin, pour rattacher toutes les écailles les unes après les autres.


Nous avons fait des découvertes étonnantes : sous la poussière, des zones très vives, bleu ciel, rouge brique, vert tendre… autant de couleurs en désaccord avec le sarcophage en entier. Ce n’étaient pas des repeints, comme on aurait pu le croire, mais une division de la peinture. En effet, la peinture se compose toujours de pigments (qui font la couleur) et d’un liant (de différentes natures : colle de peau, œuf, huile, cire… et bien d’autres encore) qui permet au pigment de s’étaler et d’adhérer au support. Ici, suite à la mauvaise conservation, le liant est tombé par endroit, laissant un pigment nu, pulvérulent, directement sur le sarcophage. Nous nous trouvons ainsi avec le pigment pur, tel que les Egyptiens l’avaient choisi au moment de réaliser le décor.
le phénomène de division de la peinture, après chute de la partie grasse

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